|

La Grande Encyclopédie des Fées,
Pierre Dubois - Claudine & Roland
Sabatier Hoëbeke Editeur |

|
|
Emmitouflée de châles, les pattes
d'oie pelotonnées au fond des charentaises, assise près du
poêle, Tante Arie sommeille au rythme des ronrons du chat.
Son dentier de fer s'oxyde dans l'eau d'un verre, cela fait bien
des solstices qu'il ne mord plus les vents de sa tenaille de
verglas.
Abandonnés aux araignées, le sac de grêle et le bâton à foudre
s'empoussièrent. A force d'avancer dans l'âge,
la meneuse de nuées sauvages, satellite de Berchta, n'a plus
trop envie de bousculer la météo, de tirer la bordée solaire.
Derrière la buée de ses lunettes, au fur et à mesure que la vue
baisse, elle perçoit
les agissements des hommes à travers le flou surexposé d'une
vision de vieille Fée.
Ses noires colères sont passées, endormies par de journalières
infusions de tisanes philosophiques.
Les anciens se souviennent de ses
frasques et colères, lorsque chevauchant les Hargnes elle
frappait les campagnes de sa trique à foudre. |
|
|
De la même façon que ses
congénères et pour les mêmes raisons, elle s'est rapprochée des
enfants dont les univers sont proches. Il n'y a guère plus qu'eux pour
s'intéresser à elle, il n'y a guère plus qu'eux pour lire l'univers
dans le givre des carreaux.
Tante Arie ou Fée Arie ne
sort désormais qu'une fois l'an. A la Noël elle émerge de sa demeure
perdue au fond des forêts franc-comtoises, enfourche son âne aérien et
retrouve ses pouvoirs de jeunesse.
Toute la nuit elle visite les maisons, passe par les cheminées, les
trous de serrure, offre des cadeaux aux enfants sages qui ont laissé
carottes et navets pour sa monture, menace les garnements,
les coiffe de bonnets d'âne, vérifie la bonne tenue de la cuisine,
inspecte les meubles et les nids de poussière.
Autrefois elle
récompensait d'une bourse d'or les meilleures fileuses, aujourd'hui
elle dépose aiguilles et pelotes de laine aux bonnes tricoteuses. On
dit qu'elle peut encore se transformer en serpent, faire tomber la
neige en secouant sa chemise, trouver un mari aux jeunes filles qui
viennent lui apporter des
présents. Elle apprécie les invitations aux veillées; celui qui lui
demande de réaliser
un vœu avec suffisamment de ferveur entend un bruit de clochette
tinter au loin, c'est signe qu'il se réalisera.
Lorsqu'elle rencontre un
orphelin, elle l'emporte sur son dos et lui donne à téter ses mamelles
jetées
par-dessus ses épaules. Agaberte, Fée des neiges, fait aussi à
l'occasion la nourrice.
Sa tournée terminée, Tante
Arie repasse par le Jura chez son amie Berthe, la Fileuse qui ne voit
plus personne et ne quitte plus sa grotte depuis que les femmes ont
remisé leurs quenouilles. |